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Le nouveau terrain de jeu digital des institutions culturelles

Elena Zahariev - Senior Consultante Technology Advisory Elena Zahariev - Senior Consultante Technology Advisory | Economie, Société | 15 octobre 2013

« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » disait André Malraux. Or, elle se conquiert aujourd’hui sur un terrain nouveau : celui du digital.

La numérisation des œuvres patrimoniales a d’abord eu pour finalités, la conservation et la sauvegarde. Ces chantiers sont essentiels, ils sont souvent colossaux, coûteux en ressources, en savoir-faire et en compétences techniques.

Au-delà de la numérisation des contenus, la valorisation numérique du patrimoine vient s’ajouter progressivement aux préoccupations des institutions culturelles. Elle implique la création de nouvelles offres, le renouvellement des usages de la médiation culturelle et la réflexion autour de modèles économiques.

Les nouvelles possibilités de « l’ère digitale »

Penser les services culturels numériques, c’est penser la prolongation des missions historiques d’une institution culturelle sur le terrain du digital : conserver, valoriser, transmettre, diffuser le patrimoine dont elle est détentrice. Penser les services culturels numériques, c’est également atténuer les frontières entre l’espace physique et le virtuel. C’est allonger le temps de la relation avec le public (visiteur, spectateur ou lecteur), préparer et prolonger l’interaction physique mais aussi l’enrichir, in situ.
Le digital n’est plus un terrain à part mais une donnée d’entrée, un environnement naturel pour les « digital natives ». Penser les services culturels numériques, c’est ainsi se tourner vers les publics d’aujourd’hui et, a fortiori, les publics de demain.

Aussi, le digital constitue-t-il une opportunité de conquête de nouveaux publics, un moyen de mieux remplir les objectifs d’une médiation culturelle renouvelée. L’usage des outils numériques étant entré dans notre quotidien, les institutions culturelles ont tout intérêt à les utiliser pour communiquer, impliquer le public, le faire venir et accompagner différemment les œuvres. Même s’il est illusoire de penser que le digital résoudra l’exclusion culturelle – à laquelle peut s’ajouter l’exclusion digitale – des dispositifs simples, intuitifs et interactifs peuvent séduire de nouveaux publics.

Penser les services culturels numériques, c’est enfin communiquer différemment par les réseaux sociaux, par la conception d’espaces virtuels multicanaux (mobiles, tablettes, web, objets connectés) et par le développement d’une image de marque, forte et cohérente. L’enjeu est de rendre plus accessible et plus lisible le patrimoine, de le « démythifier » parfois, en adoptant de nouveaux modes d’interaction. Sur Twitter et Instagram, le hashtag #jourdefermeture dévoile les coulisses des musées. L’application mobile de la dernière exposition Dynamo au Grand Palais (du 10 avril au 22 juillet 2013) a permis aux visiteurs de contribuer sous la forme de commentaires, de photos et de vidéos. Un vrai « livre d’or 2.0 ».

Des modèles économiques en devenir

La « révolution digitale » à l’œuvre dans le secteur culturel pose la question des débouchés économiques. En effet, la création de nouveaux services numériques est coûteuse et la valeur créée par le passage au numérique peut permettre l’émergence de nouveaux modèles économiques.

Les institutions culturelles intègrent de plus en plus dans leur gestion une logique économique nécessaire au financement d’activités de plus en plus complexes et consommatrices en ressources. Parmi les cas emblématiques, figurent l’expérience de la filiale BnF Partenariats dans la conclusion d’accords avec des partenaires privés ou encore les activités de la RMN-GP concernant la vente d’images d’art et la gestion de librairies-boutiques. Sur ce type de projets, le retour sur investissement n’est pas immédiat. L’exigence économique impose souvent l’adoption d’un modèle payant pour certains services numériques. Là où la gratuité permet l’élargissement souhaité des publics, l’équation devient ainsi particulièrement compliquée à résoudre.

Prévoir et évaluer les retours économiques est un exercice à part entière. Se lancer dans les projets digitaux nécessite de s’entourer de nouvelles compétences – en interne ou à travers des partenariats,  de réfléchir à une stratégie digitale orientée « publics », d’étudier le marché, ses tendances, ses acteurs et d’imaginer un positionnement adapté sur la chaîne de valeur des activités de valorisation numérique. In fine, trouver des débouchés économiques, c’est permettre de compléter les financements classiques que constituent les subventions. C’est ainsi permettre de financer une partie des travaux de numérisation colossaux à des fins de conservation et de sauvegarde. C’est enfin parier sur la contribution positive de ces nouveaux services numériques, à l’enrichissement de la médiation culturelle et au développement d’une nouvelle filière économique innovante. Pari au cœur de la logique des Investissements d’Avenir.

Pour en savoir plus à ce sujet, n’hésitez pas à me contacter.

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